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| La SQ et les procureurs se font écorcher après leur prise de position |
| mardi 24 nov, 20 h 46 |
Par Alexandre Robillard, La Presse Canadienne
QUEBEC - Les agents de la Sûreté du Québec et les procureurs de la Couronne se sont fait écorcher, mardi, à la suite de leur récente prise de position en faveur d'une enquête publique sur la criminalité dans la construction.
La FTQ-Construction a mis en doute, mardi, la crédibilité du syndicat des agents de la SQ, qui a signifié les limites du travail policier pour aller au bout des allégations de malversation dans ce secteur d'activité.
Le directeur général de la FTQ-Construction, Richard Goyette, a affirmé que c'était l'Association des policiers provinciaux du Québec (APPQ) qui a réclamé, lundi, une commission d'enquête et non les policiers eux-mêmes.
Alors qu'il venait de présenter un mémoire sur un projet de loi pour lutter contre la criminalité dans la construction, M. Goyette a laissé entendre, lors d'un point de presse à l'Assemblée nationale, que les agents pourraient avoir un autre point de vue que leur syndicat.
"Est-ce que c'est le syndicat des policiers ou les policiers eux-mêmes qui ont affirmé? Moi je crois plus aux policiers que probablement leur syndicat croit en eux. Ce que je veux dire, c'est: laissez aller les enquêtes policières", a-t-il déclaré.
Le vice-président de la FTQ-Construction, Yves Ouellet, a pour sa part émis des doutes quant aux véritables motivations du syndicat des agents de la SQ.
M. Ouellet a conseillé aux journalistes de poser davantage de questions à l'APPQ pour comprendre les raisons de son intervention.
"Je n'ai pas dit que je ne crois pas le syndicat, a-t-il dit. Allez plus loin, posez plus de questions. Ce que je veux dire, c'est que vous n'avez peut-être pas les bonnes raisons."
Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a pour sa part jugé que l'intervention des procureurs de la Couronne, qui relèvent lui, s'apparentait à de l'ingérence dans les pouvoirs gouvernementaux et que leur prise de position, lundi, était susceptible de créer de la confusion quant à ses rôle et fonction.
"Le DPCP dirige pour l'Etat les poursuites criminelles et pénales de façon indépendante, a indiqué dans un communiqué le DPCP. En conséquence, il n'est pas approprié de prendre position dans un débat qui relève de l'autorité gouvernementale et ce dernier ne le fera pas."
En marge d'une commission parlementaire, mardi, la FTQ-Construction, qui a été éclaboussée par des allégations de liens avec le milieu criminel au cours des derniers mois, a répété qu'elle ne souhaite pas de commission d'enquête.
Richard Goyette a admis que le syndicat craint d'être pris comme "bouc émissaire".
"Est-ce qu'on va être un bouc émissaire? Je pense qu'on va être très bien placé si jamais il y avait une commission d'enquête", a-t-il dit.
Selon M. Goyette, les procédures actuelles ne permettraient pas à une commission d'enquête d'entendre véritablement tous les points de vue.
"Avant d'avoir une commission d'enquête, j'aimerais qu'on modifie la Loi sur les commissions d'enquête pour être capable de faire vraiment la preuve et que ce ne soit pas un show médiatique", a-t-il dit.
Au sujet du projet de loi piloté par le ministre du Travail, Sam Hamad, la FTQ-Construction a estimé qu'il ne s'attaquait pas au véritable problème, soit le travail au noir, qui permet souvent le blanchiment d'argent provenant de la criminalité.
M. Goyette a d'ailleurs déposé des documents exposant ce qu'il a présenté comme un stratagème utilisé par certains employeurs pour avoir recours au travail au noir en toute impunité.
Devant la commission, le syndicaliste a soutenu que ces pratiques ont pullulé grâce au vent de libéralisme qui a soufflé sur l'économie dans les années 1980 et 1990.
"La FTQ-Construction prétendait déjà, à l'époque, que ces façons de faire créaient le terroir nécessaire dans l'insécurité et la précarité pour créer ce terrain propice à la magouille qui pourrait servir au crime organisé", a-t-il dit.
Le Parti québécois, qui participait à l'étude du texte législatif, a pour sa part jugé qu'il était "bâclé".
Le porte-parole péquiste du dossier du travail, François Rebello, a estimé que le gouvernement jetait ainsi de la poudre aux yeux pour éviter de nommer une commission d'enquête.
"Le ministre est en mission pour essayer de dorer la pilule, essayer de donner l'illusion qu'il y a un ménage qui se fait dans la construction", a-t-il dit.
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